vendredi 9 mars 2007

Net Dérive

Net Dérive est un projet expérimental artistique de cartographie sonore et visuelle.

Un dispositif est composé d’une écharpe, munie à une extrémité d’un téléphone portable enregistrant le son et à l’autre extrémité d’un autre téléphone portable avec appareil photo. Le prototype est également équipé d’un GPS. Les promeneurs participants à l’expérimentation, équipés de ces dispositifs, errent dans un espace urbain circonscrit. Au fil de leur dérive, des relevés photographiques et sonores localisés sont effectués à intervalles réguliers, envoyés grâce au réseau de téléphonie mobile (sans fil) à un serveur, puis retranscrits en temps réel sur une carte 3D de l’environnement urbain traversé. Les sons enregistrés sont également retraités en live, en fonction de la localisation de la personne. Puis ils sont retransmis à la personne, via les écouteurs dont est munie l’écharpe, avec quelques instructions de la part des artistes, afin de rendre la ballade plus interactive.



L’enjeu du projet est de pouvoir effectuer un mapping sonore des territoires urbains, grâce à un « instrument de musique » d’un genre nouveau, participatif et évolutif. Il dresse un portrait urbain sonore en temps réel d’un quartier particulier, en s’appuyant sur les technologies de géolocalisation et de captation sonores et visuelles.
La représentation alors obtenue présente une vue 3D de la parcelle de ville parcourue, sur laquelle se superposent un morphing visuel et sonore composé des images du relevé photographique et des caractéristiques sonores du lieu. Le résultat de l’expérimentation permet de dresser une carte narrative abstraite de la ville, renouvelée et évolutive, traduction graphique et sonore de la dérive prônée par les Situationnistes. (ecran.fr) La cartographie offre une perception autre de l’environnement urbain traversé et met l’accent sur une nouvelle manière de percevoir la ville, de prêter attention à des sensations auxquelles on attache peu (ou plus) d’importance au quotidien. Par contre, les perceptions prélevées restent les captations d’une machine et non pas celles des personnes elles-mêmes…



Parmi les auteurs, Atau Tanaka, musicien et premier artiste chercheur au laboratoire de recherche Sony CSL, s’intéresse aux problématiques de la musique interactive, participative, qu’il déplace hors des contextes de la scène ou de la salle de concert et notamment en l’intégrant au contexte urbain.
Ainsi, parallèlement à l’aspect cartographique, le projet propose de composer « une musique sociale » collective, créée à partir de l’expérience de chacun. L’autre enjeu de Net Dérive est de penser la ville comme un instrument. Les artistes Atau Tanaka, Petra Gemeinboeck et Ali Momeni, auteurs de Net Derive, ont effectivement conçu le prototype d’un instrument collaboratif, permettant la participation de citadins autour de l’écriture de cette pièce audiovisuelle en temps réel.

Inside-Out

Le projet Inside-Out est une installation événementielle du designer James Clar, réalisée à Memphis, transformant les toits d’immeubles en indicateur d’activité humaine interne au bâtiment.



Le projet s’étend sur 9 immeubles d’une rue, reflétant le niveau d’activité intérieur des bâtiments en temps réel. Le dispositif enregistre les mouvements internes, ainsi que le passage des personnes au seuil des portes d’entrée, et les rend visibles sur des panneaux lumineux situés à l’extérieur des bâtiments. Des capteurs situés au seuil des portes d’entrée mesurent le nombre de personnes présentes dans les restaurants et shops de cette rue.
Le bâtiment change d’éclairage en fonction des flux de personnes qui y sont présentes ou qui en sortent. L’activité interne des personnes peut faire ainsi varier l’ambiance lumineuse de l’espace public avoisinant.
Répondant aux préoccupations de ce designer américain sur la mise en forme interactive de la lumière, l’enjeu du projet est de mettre en avant l’interaction entre le mouvement et la lumière placée dans l’espace public, pour ainsi créer un calque lumineux évolutif sur les rues de la ville et transformer l’architecture déjà présente en pixels géants et vivants.



Ces panneaux bénéficient d’un design assez minimal, puisqu’il s’agit de panneaux de LED bleus, qui sont dessinés par rapport à la fonction qu’ils apportent au bâtiment. Ils représentent une jauge d’activité, plutôt similaire au langage formel des jeux videos. Malheureusement les panneaux bleus ont eu tendance à se confondre dans le paysage des enseignes marchandes et à superposer une information supplémentaire à un environnement déjà chargé en lumière informationnelle. La réponse dans ce contexte est paradoxale, car elle est issue de l’esthétique du lieu, mais par la même occasion, s’efface et se confond dans cette forte identité visuelle locale.

Amsterdam Realtime, 2002

Amsterdam Realtime « Diary in Traces » est un projet de cartographie urbaine, réalisé par l’artiste Esther Polak et la WAAG Society, explorant les potentiels d’usages des outils de géolocalisation.



Depuis 2002, l’expérimentation artistique a réuni une soixantaine d’habitants d’Amsterdam, aux profils variés (femmes, hommes, possédant un chien, usagers des transports publics ou effectuant leurs trajets à vélo, étudiants, restaurateurs, membres hospitaliers, chauffeurs, etc.) Chaque participant est équipé d’un dispositif GPS, clipsé à son téléphone portable, permettant au système de les localiser à chacun de leur déplacement. Un serveur récupère les données émises par chaque individu et effectue une représentation temps réel des coordonnées spatiales (et temporelles), directement visible sur une interface numérique, de type écran. Chaque participant reçoit ensuite une carte retraçant ses trajets quotidiens, symbolisant ainsi son agenda journalier par le dessin et le plan. Ce tracé graphique témoigne des mobilités quotidiennes de plusieurs personnages à travers la ville d’Amsterdam.
Le projet met en avant la manière dont chacun aborde la ville. Il se base sur l’idée que chaque personne emprunte régulièrement les mêmes trajets fixes dans sa ville, mais aussi que les perceptions individuelles diffèrent dans la manière dont on pratique la même ville. Il se dessine alors une superposition de cartes individuelles de la ville d’Amsterdam, pratiquée de manière très différente d’un individu à l’autre.
Le projet ne consiste pas à pister les déplacements de chaque individu ni à les enregistrer à des fins commerciales ou administratives. Le projet axe la recherche sur l’interaction et les relations entre les mobilités individuelles et l’espace partagé. Ainsi l’artiste met en avant des modalités d’interaction, qui ne font plus usage des outils du téléphone portable pour agir sur l’espace urbain physique (comme les messages envoyés dans le projet Yellow Arrow par exemple). La relation à l’espace s’effectue de manière plus intuitive, plus sensible, et plus invisible aussi (non contrôlée par le citadin). La cartographie qui se dégage de l’expérimentation est plus visuelle qu’informative.
Le mouvement humain dessine la carte. L’aspect visuel du projet est donné par les données géographiques et temporelles de ces participants. L’esthétique est assez simple ; la topographie ou l’aspect géographique de la carte traditionnelle n’apparaissent pas. L’espace de représentation est noir, chaque individu est représenté par un point lumineux, qui laisse une trace blanche lumineuse qui apparaît à l’écran. Plus le déplacement est récent, plus le trait est lumineux. Cette constellation brillante et mouvante des mobilités individuelles privées constitue des cartes invisibles individuelles, qui se superposent pour former une carte collective nouvelle et expérimentale de la ville.


La WAAG Society est un groupe hollandais, basé à Amsterdam, fondé en 1994, dont le but est de mettre les nouveaux médias à disposition de personnes qui n’ont pas accès aux ordinateurs et à Internet. Au fil des années, la WAAG Society a constitué un réseau de compétence, de connaissance, d’apprentissage et de recherche sur les nouvelles technologies, l’art et la culture, réunissant entreprises, artistes et universités autour de projets de recherche. A l’occasion de l’exposition « cartes d’Amsterdam 1866 – 2000 » qui s’est tenue à Amsterdam en 2002, l’artiste Ether Polak et la WAAG Society ont décidé de produire une carte actuelle de la ville, dans un souci d’usage d’outils contemporains (dynamiques) appropriés et en apportant la dimension participative à la cartographie.

dimanche 25 février 2007

Cab Spotting

INVISIBLE DYNAMICS

Le projet Cab Spotting consiste en la cartographie des parcours effectués par les taxis de San Francisco. A l’origine, ses auteurs de l’Exploratorium étudient la manière de représenter et de créer des représentation de la ville américaine, en rupture avec les représentations traditionnelles connues.



Les taxis de San Francisco sont de plus en plus équipés en GPS pour répondre au mieux aux délais d’attente de leurs clients. Détournant ces données, les auteurs mettent en place le système de « Cab Tracker » qui permet de mettre en œuvre cette carte expérimentale, en combinant les données GPS envoyées par chaque taxi à un serveur qui les positionne sur la carte virtuelle de la ville, et ce, à intervalles de temps réguliers. Chaque donnée de chaque taxi se superpose en temps réel sur un quartier sélectionné de San Francisco. Les cartes instantanées sont enregistrées puis les images statiques sont compilées et placées les unes à la suite des autres, comme les images d’un film, pour constituer des cartes animées, vivantes. A partir de ces cartes animées, les projets « Time Lapse » constituent des projets de recherches, autour de la représentation des déplacements des taxis, selon des lapses de temps plus ou moins grands. Les résultats varient, mettant en avant la vitesse, les ralentissements, les accrochages, les arrêts, mais la carte qui se dessine représente bien la même ville. Dans tous les essais graphiques, les taxis et leurs mobilités dessinent la carte, mouvante et sensible. La représentation graphique confère un aspect magique, poétique à ces dynamiques (in)visibles. Le film « Speed Overlay » propose par exemple une cartographie, sur 4 heures, issue de la vitesse kilométrique de plusieurs taxis, qui semblent dessiner un réseau dont les flux sont rythmés et battants, comme s’il s’agissait des artères d’un corps vivant.



Autour de cet outil de représentation, plusieurs projets expérimentaux se servent de cette carte générée par la mobilité des taxis pour mettre en évidence des mobilités cachées.
Par exemple le projet In Transit de Amy Balkin utilise les tracés du déplacement des taxis, comme point de départ d’analyse de la ville et tente de mettre en avant le sens social de ces motifs graphiques générés par cette mobilité spécifique. Sur la carte, l’artiste superpose des données informatives, sous forme de relevés, de questions et de scénarii, en s’intéressant plus particulièrement à une dizaine de sites et thèmes récurrents de la ville américaine. L’enjeu est de mettre en avant les différentes visions et usages de la ville de San Francisco. Les tracés mettent à jour la manière dont les taxis parcourent la ville, de manière Est / Ouest, de l’aéroport aux quartiers d’habitations, mais également de manière transversale dans les quartiers du centre de la ville. Ainsi on découvre l’usage fréquent des taxis en tant que transport hospitalier de non urgence. Ou encore, dans certains quartiers résidentiels, les taxis complètent régulièrement les lignes de transport en commun qui desservent difficilement certaines zones urbaines.
La cartographie proposée est assez similaire au projet Amsterdam Realtime. Ici, elle ne retrace pas directement les parcours des individus, mais ceux des taxis dans la ville de San Francisco, selon un code graphique pour les lignes tracées afin de distinguer l’état de ce dernier (taxi vide, plein, etc.) Les éléments urbains mobiles définissent la carte, et symbolisent par extension, les activités des personnes.
L’enjeu de ce projet est de prendre en compte le déplacement et l’activité commerciale des taxis comme témoignage de l’activité politique, sociale et culturelle de la ville ; en d’autres termes, d’en faire un reflet des comportements et habitudes sociétales.
Basé à San Francisco, l’Exploratorium est un musée de la science, des arts et de la perception humaine, qui est à l’origine de plusieurs projets de recherche et d’expositions vivantes, ayant un but pédagogique. Le musée met en avant la culture de l’apprentissage, à travers des sujets et des outils innovants. Il s’agit également d’une des premières structures de ce genre à avoir possédé un site Web pour partager leurs expériences et leurs programmes.

mardi 16 janvier 2007

Theorie M

Le récent projet parisien de géo-tag urbain « Théorie M » permet de lier un contenu multimedia à un lieu précis dans la ville, mais selon des modalités de publication et de réception différentes de la proposition faite par CountsMedia (Yellow Arrow).
Dans cette réalisation, l’information est apposée dans l’espace urbain, non pas par un sticker numéroté, mais par l’inscription à la bombe aérosol d’un code 2D ou QR Code, lien Web offline, permettant le lien avec l’information numérique relative, via le téléphone portable.



Théorie M est un projet intéressant dans le cadre de cette étude, non pas pour le contenu «symbolique» diffusé (car il est statique, figé, et uniquement alimenté par les initiateurs du projet, la notion d’appropriation est restreinte) mais pour les modalités d’accès à l’information géolocalisée : en prenant en photo le signe apposée par les créatrices, on peut accéder directement à l’information multimedia en ligne. En effet, le téléphone portable 3G, intègre entre autres, des outils de captation comme l’appareil photo numérique, dont l’usage peut dépasser la simple prise de vue (usage réducteur de cette technologie mobile). Ici, par exemple, le téléphone portable devient scanner de code barre grâce au téléchargement d’une applet* (gratuite) de décryptage du code 2D pris en photo. Le contenu de cette information codée est alors interprétée par l’appareil qui le met à disposition de l’utilisateur, soit en établissant le lien avec un site Web, soit en affichant l’image ou la vidéo, etc. Contrairement à ce que l’on peut en croire, c’est un usage très simple qui ne demande pas de technologie supplémentaire que celle présente aujourd’hui, en 2007, dans tous nos téléphones portables.



D’autre part, ce projet est complémentaire de Yellow Arrow car il utilise le graffiti comme moyen de communication appropriable par le grand public. Ici, le graffiti, l’image plate statique peinte sur le mur ou au sol devient interactive dans le sens où elle contient une information numérique à laquelle on peut accéder. Il permet avec peu de moyens de lier un contenu web à un espace urbain précis. C’est un point de convergence entre espace et e-space.

>> blog pour apprendre plus sur les codes 2D et en fabriquer

mardi 9 janvier 2007

TELEGARDEN

UN JARDIN COLLABORATIF A DISTANCE



Cette installation artistique de Ken Goldberg, professeur en ingénieurie à l'université de Californie (Bekerley), est composée d'un bac à fleurs muni d'un bras mécanique piloté par une interface web. Le visiteur du site Internet de Telegarden peut alors planter des graines, arroser, s'occuper des végétaux qui poussent dans ce bac à fleurs. La parcelle de jardin évolue ainsi grâce aux actions effectuées par le public (plus de 9000 membres au cours de la première année d'expérience) depuis le site web. Le projet a été mené de 1995 à 2004.

Ici, l'artiste crée cette installation pour soulever la question de la téléprésence et faire prendre conscience aux participants qu'ils n'ont pas la preuve que le jardin évolue bien grâce à leurs soins.
Mais par rapport au thème abordé pour le mémoire, il me semble plus important de souligner l'aspect collaboratif et public du projet. L'interface web permet de réunir une communauté de membres qui agissent à travers un outil pour l'embellissement (ou la destruction) d'une parcelle de terrain commune et privée. On peut aisément se projeter dans une application concrète de ce type de projet adapté à des zones semi-privées telles que la cour d'un immeuble par exemple : les habitants eux-mêmes et les visiteurs de passage pourraient agencer leur propre cour, qu'ils partagent, via ce type d'outil et de programme, un peu à la manière du jeu vidéo Sim City - avec l'avantage supplémentaire que cela a un impact sur le réel. L'interface numérique n'est pas forcément utile pour l'action de jardinage de cette parcelle semi-publique, par contre elle peut servir en amont, afin de programmer l'intervention de chaque participant.

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lundi 8 janvier 2007

NT Mobile Worshop - TROLL Helsinki 2005

Troll est un programme de recherches initié par l'atelier d'architecture et d'urbanisme AWP (Paris) sur la mobilité nocturne et la création dans la ville. Plusieurs workshops ont déjà eu lieu à Helsinki, Barcelona, avec l'intervention de créateurs, architectes, artistes, écrivains, etc, invités à donner une autre vision de la ville aux habitants.

Dans le cadre de ce workshop, des groupes de troll ont créé "une cartographie collective de Helsinki la nuit, chacun parcourant des itinéraires différents, équipés de trousses d’interventions instantanées (textiles, éclairages, pastilles...). Explorer, documenter, intervenir, documenter les interventions..." Ces interventions sont ensuite envoyées via téléphone portable 3G sur un serveur web, qui constitue au fur et à mesure une carte intéractive de la ville.

Ce projet est intéressant et rejoint d'autres projets de mapping, dans la mesure où il pourrait être adapté à un service de cartographie collective et d'information de proximité d'un quartier, voire d'une ville par ses habitants eux-mêmes.